samedi 22 novembre 2008

Classique... démodable



LE PETIT NICOLAS
JEAN-JACQUES SEMPE
RENE GOSCINNY



On ne présente plus ce livre qui a fait rire des générations de petits et de grands, support d'étude à de nombreux professeurs, un classique!


Résumé :
La maitresse est inquiète, le photographe s'éponge le front, le Bouillon devient tout rouge, les mamans ont mauvaise mine, les papas font les guignols, le directeur part à la retraite, quant à l'inspecteur, il est reparti aussi vite qu'il est venu.


Mais comment est née le Petit Nicolas?
En 1956, Goscinny signe dans un journal belge, Le Moustique, les premiers scénarios du Petit Nicolas dessiné par Sempé.
"La plupart des gags reposent sur quelques grands thèmes de la vie quotidienne - coiffeur, grands magasins, train électrique, bricolage, jardinage. Goscinny maitrise parfaitement l'ellipse et la mécanique du gag en une page..." (Marie-Ange Guillaume).
Mais Sempé ne se sent pas à l'aise dans son rôle de dessinateur de bande dessinée. "Je n'aime pas la bande dessinée. Je n'en ai jamais lu, je n'ai jamais aimé ça. En revanche les dessins humoristiques m'ont toujours passionnés." Sempé.
Ils abandonnent.

En 1959, sur demande, Goscinny et Sempé reprennent leur personnage pour le numéro
de Pâques de Sud-Ouest Dimanche. Ils réalisent une nouvelle illustrée.
" Il (Goscinny) arriva avec un texte dans lequel un enfant - Nicolas - racontait sa vie avec ses copains, qui avaient tous des noms bizarres... C'était parti
: René avait trouvé la formule." Sempé.

Le succès auprès des lecteurs est immédiat. Et le journal leur demande de continuer.

En 1960, les éditions Denoel publient les 19 premiers récits des aventures du Petit Nicolas. Puis viennent ensuite :
- Les Récrés du Petit Nicolas (1961)
- Les Vacances du Petit Nicolas (1962)
- Le Petit Nicolas et les copains (1963)
- ...
Et avec les succès et la célébrité qui ont suivi.



Le temps a-t-il de l'emprise sur Nicolas?
A mon avis : oui!
Le concept de raconter et d'illustrer brillamment les jeux, les mots, les blagues, les bêtises d'un enfant fonctionne toujours. Le hic vient de l'époque. Car les cours de récrés ont bien changé. Les jeux et les préoccupations des enfants ont évolué. On peut toujours le lire ou le relier avec nostalgie (si on a connu les années 50-60, le jour des enfants le jeudi, les jeux de bill
es, etc...).

Ma deuxième remarque vient de la structure des histoires qui est toujours la même et devient vite lassante. Un lieu (salle de classe, terrain de jeux, maison...), une action (prendre une photo, jouer, bricoler...), un dérapage et des personnages aux caractères bien marqués... Mélanger le tout, secouer bien, vous obtenez un brouhaha, un mic mac et hop laisser reposer cinq minutes et le dénouement arrive par un mot d'enfant!
C'est drôle, plutôt attendrissant mais répétitif.


Mention spéciale :

A Goscinny et Sempé! Et à leur Petit Nicolas qui continue son chemin. On fêtera les 50 ans de sa création en Mars 2009, les sorties d'un film et d'un dessin animé sont aussi attendus pour 2009.
Pour les fans, ils peuvent (re)lire ou (re)découvrir les Histoires Inédites du Petit Nicolas volume I et II.


Influences :

Pour les adeptes de parodies, pourquoi ne pas retrouver Nicolas sous les traits d'un malheureusement célèbre Nicolas (Sarkozy) dans Le Petit Nicolas, Ségolène et les copains (2007) ou Le Petit Nicolas à L'Elysée (2007)?

C'est une parodie de la série imitant son style narratif et son dessin, qui place les politiciens français éminents actuels en tant que camarades de classe. Les auteurs se dissimulent sous les pseudonymes de "Gospé" (illustrateur Mario Alberti) et de "Sempinny" (journaliste).

On peut aussi essayer Le Petit Gus de Claudine Desmarteau, directement inspiré de Nicolas mais avec dans les cours de récrés des années 2000.

Y aura-t-il un Nicolas/Gus pour chaque époque?
En attendant bon retour en enfance!

samedi 15 novembre 2008

Le son de son retour




L'IGNORANCE - MILAN KUNDERA
2003 - Gallimard


Lire Kundera me semble incontournable.
Lequel lire? Sans hésiter L'Insoutenable légèreté de l'être (1984)...
Et pourtant, c'est bien de L'Ignorance dont je vous parle d'abord!

Simple choix qui vise à mieux comprendre l'auteur qu'est Milan Kundera.
Son dernier livre qu'est L'Ignorance, publié en 2003 en france, m'apparaît comme une suite de réfléxions sur sa vie d'émigré.
A ce titre et parce qu'il est un personnage se rendant inaccessible, il est intéressant de faire des croisements sur son écriture et son expérience d'être humain.


L
e livre, en bref :


Iréna, veuv
e et mère à la fois, réfugiée à la fin des années soixante, et de retour à Prague vingt ans après; son ami Gustaf, entrepreneur suédois; Milada, vieille complice d'enfance; Joseph, également de retour en Bohême, dans une tchéquie post-révolutionnaire et post-communiste.
Des émigrés sans patrie, arrimés à leur passé qui s'est malgré tout échappé, des individus ordinaires chargés du poids lourd de leur existence, mutilés et blessés dans leur chair. Les destins se croisent, se manquent, se cognent.
Construit en 53 petits tableaux, L'Ignorance est ponctué de discours philosophiques et de remarques géopolitiques articulés autour du Printemps de Prague, en 1968, et de la Révolution de velours, en 1989, de commentaires homériques et le retour d'Ulysse à Ithaque.




Ce que l'on sait de Kundera :

Milan Kundera est
né en Tchécoslovaquie. En 1975, il s'installe en France.
Voilà sa biographie officielle que l'on trouve dans les éditions
françaises. Biographie qu'il exige lui-même.
Kundera est une personne qui garde les éléments de sa vie privée comme des secrets.

En creusant, on apprend :

Romancier et essayiste, Kundera est né en 1929 en Tchécoslovaquie. Après la publication dans son pays natal de La Plaisanterie (1965), qui lui vaut une notoriété immédiate, et de Risibles amours (1968), il est vistime de la répression soviétique après l'écrasement du Printemps de Prague. Ses livres sont interdis, il est privé de son emploi et n'a plus le droit de publier. Dès 1975, il émigre en France où il vit toujours. Il prendra la nationalité française en 1981.


A
partir de ces élèments et de son écriture, il n'y a qu'un pas pour croiser ses sentiments d'émigré avec ses personnages.


J'interprète ce livre comme sa résilience d'émigré.
Il nous livre sa réflexion sur son vécu d'émigré.
Et puisqu'il s'agit de Kundera, il nous enrichit par des réflexions philosophique.
Il nous conte le contexte politique de la Tchécoslovaquie pendant le Printemps de Prague.
Il nous révèle des vérités profondes qui nous semblent tellement banale à lire.
Lire Kundera est un bonheur pour tous ceux avides de questionnements, d'apprendre...
Il nous livre à travers ses personnages un pan de son vécu et on peut entendre résonner le son de son propre retour et l'étendu de l'ignorance de chacun...

On peut l'entendre résonner...
Mais petit bémol, il faut parfois tendre l'oreille et c'est dommage.
A moins d'avoir vécu soi-même un grand retour ou d'être proche d'une personne dans cette situation. On peut avoir du mal à avoir de l'empathie pour ces personnages et leur histoire.

Autre possibilité, le grand retour, comme il le nomme n'est plus ce qu'il est car le monde, nos sociétés évoluent encore et toujours plus vite.
De quoi, de qui se souvient-on?
Chacun est ignorant de l'autre. Chacun s'ignore soi-même.
Et là, ce livre vous emmènera sur des réflexions plus profondes liées à des thématiques actuelles.
A vous de vous laisser porter? Ou non!

Car reconnaissons le, ce n'est pas le meilleur Kundera mais un très bon ouvrage plein de nostalgie et de mélancolie portée par la très profonde réflexion et la très belle écriture de Kundera...



D
ernière petite note amusante quant à la personnalité de Kundera, L'Ignorance a d'abord été publié en Espagne en 2000. Ce n'est qu'en 2003 qu'il accepta sa publication en français. Certains tendent à penser que ce décalage de publication est du à une possible rancune ou appréhension de Kundera envers la critique française qui avait assez mal reçu sa dernière oeuvre.

On ne cerne pas l'auteur mais lui sait nous toucher et c'est aussi bien ainsi!

dimanche 9 novembre 2008

ROMAN... / ... Biographie ?...?...?




JEAN S. - ALAIN ABSIRE - 2004 EDITION FAYARD


  • Résumé :

Le 8 septembre 1979 à Paris, deux motards découvrent le corps de Jean Seberg enroulé dans un plaid au fond d'une voiture. La jolie Patricia d'à bout de souffle est morte depuis dix jours.
On connait la légende : à dix-sept ans, Jean, à peine débarquée de son Middle West natal, est choisie parmi dix-huit mille candidates pour jouer le rôle de Jeanne d'Arc dans un film d'Otto Preminger.
Mais cette fulgurante notoriété est aussi le début d'une lente descente aux enfers.
Au fil des années, ses amours chaotiques,son engagement a côté des Black Panthers, la haine implacable que lui voue le FBI, sa lutte contre l'alcoolisme et l'abus de neuroleptiques entament sa raison. Un séjour de trop en hôpital psychiatrique achève de la détruire.


  • - Roman ou Biographie?
Au départ, je pensais lire une simple, bonne ou mauvaise, biographie de l'actrice américaine Jean Seberg (1938-1979). Et puis finalement je me retrouve dans un roman vrai où l'auteur a choisi la voie de la fiction pour "donner la mesure d'un personnage comme Jean Seberg si complexe et si contradictoire" - Entretien lelitteraire.com.

Avantage de ce roman vrai, on navigue avec Jean au fil de sa vie et des années 60-70. Il y a une vraie ambiance qui se dégage du livre à travers les contextes socio-économiques, les tendances cinématograhiques, les stars, politiciens, hollywood... de ces années là. Pour ma part, je dirais donc instructif et presque fascinant de découvrir de l'intérieur et de l'extérieur la vie d'une femme à travers une époque.

Inconvénient, les sources sont à vérifier et si on cherche une biographie fidèle en tout point de vue à la vie de Jean Seberg mieux vaut aller lire ailleurs!

  • - Intérêt d'artiste:
La manière dont Jean S. envisage et interprète ses personnages, est pour moi fascinant. Elle est, elle devient ses personnages, et ce jusqu'à faire des transferts sur sa personnalité. C'est d'ailleurs, je pense, ce qui a fait sa renommée car elle jouait très sincèrement ces personnages jusqu'à ce qu'ils deviennent elle ou inversement.
Et en même temps cette admiration que l'on peut avoir d'elle pour ce talent d'incarnation (car on n'est plus vraiment dans l'interprétation mais dans l'incarnation) est effrayant puisqu'il l'a petit à petit pousser à bout.

Elle saisit donc le concept d'incarnation d'un personnage mais semble trop gentille, trop généreuse, trop..., trop... pour assumer sa vie avec ses choix.
Pour ma part, elle ne m'apparait pas comme victime ou attachante. Au contraire, on lui en veut presque d'agir selon des idéaux impossible à atteindre.

  • Vie traquée :
Encore une fois, l'auteur et son écriture semblent parfois excusés ses abus, ses addictions au regard de sa fragilité mentale. Pourtant elle mène des raisonnements lucides et logiques sur ces mariages, ces enfants, son alcoolisme mais n'a de cesse de se réengager dans des circuits infernaux.
Et le parallèle avec des personnalités ou non du XXIème siécle me semble pour nous lecteur inéluctable. Et me laisse de mon côté frustré de ces gachis de vie qui s'abime dans des addictions et de ces schémas qui se répètent.


Vous l'aurez donc compris à travers un destin grandiose et tragique d'une actrice américaine, on se retrouve à se questionner sur la personnalité des individus et des chemins qu'ils empruntent.

Je conseillerais donc le livre au fan de Jean S. avec un bémol pour la vision non biographique de sa vie, au personne aimant plonger dans l'intime d'une personne et mettre en parallèle une époque avec la notre.

C'est aussi un bon moyen pour donner envie de se replonger, de découvrir la cinématographie des années 60-70 et de revivre la vie d'une figure emblématique des années soixante.


  • - Filmographie de Jean Seberg :
- Jeanne d'Arc (Otto Preminger), 1957
- Bonjour tristesse (Otto Preminger), 1957
-...
- A bout de souffle (Jean-Luc Godart), 19
59
-...
- Lilith (Robert Rossen), 1963
-...
- Les oiseaux vont mourir au Pérou (Romain Gary), 1967





  • - Alain Absire :
Il est romancier, nouvelliste, essayiste et auteur de théâtre. Il a publié entre autres : Lazare ou le Grand sommeil, L'Egal de Dieu et Le Pauvre d'Orient. Ses deux derniers romans, Lapidation et La Déclaration d'amour sont parus chez Fayard.



dimanche 2 novembre 2008

Question de regard(s)


FRAGILES - MARTINE et PHILIPPE DELERM
2001 - Édition Seuil


J'aime penser qu'il y a toujours une histoire entre le livre et le lecteur.
Pourquoi ce livre? Pourquoi à ce moment là?
Et puis au détour d'une conversation, on me cite cette phrase : "c'est le regard qui fait le monde".

Quelques mois plus tard, j'observe une petite fille avec une écharpe rouge sur la couverture de Fragiles.
A première vue cela pourrait être un livre pour enfants mais les aquarelles de Martine Delerm sont d'une grande délicatesse. Les mots de Philippe Delerm nous guident et soutiennent les illustrations.

Au fil des pages, on découvre que ce livre n'est qu'une question de regard sur plusieurs thèmes : la peur, l'enfance, la naissance, la liberté...
C'est un doux échange de mots et de traits entre les deux auteurs.

Nous, lecteurs, pouvons nous laissons porter au fil des pages.
Ou s'arrêter, revenir en arrière, réfléchir, imaginer, redécouvrir, relire...
Bref on lit, on regarde au grès de son envie et quelque part on enrichit notre propre regard sur le monde.

J'aime aussi penser qu'il y a des livres qui se transmettent parce qu'ils sont beaux. Fragiles en fait partie incontestablement et nous fait du bien.

Je vous donne d'autres titres pour ceux qui apprécient la poèsie écrite et visuelle des Delerm.
Philippe Delerm :
- La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, 1997 (recueil de nouvelles)
- La sieste assassinée, 2001
- Les chemins nous inventent, 1999 (essais)
- A Garonne, 2007
-...

Martine Delerm :
Elle écrit et illustre des albums pour enfants. Elle est aussi auteur de romans jeunesse et de récits pour adultes.
- Funambule, 2007 (à partir de 6 ans)
- Abécédaire, 2005 (à partir de 7 ans)
- Zoé, 2000
...

Et oui Vincent Delerm est bien leur fils. Il sort d'ailleurs un nouvel album "Quinze chansons"...

Pour les irréductibles de la famille, à vos regards!