samedi 15 novembre 2008

Le son de son retour




L'IGNORANCE - MILAN KUNDERA
2003 - Gallimard


Lire Kundera me semble incontournable.
Lequel lire? Sans hésiter L'Insoutenable légèreté de l'être (1984)...
Et pourtant, c'est bien de L'Ignorance dont je vous parle d'abord!

Simple choix qui vise à mieux comprendre l'auteur qu'est Milan Kundera.
Son dernier livre qu'est L'Ignorance, publié en 2003 en france, m'apparaît comme une suite de réfléxions sur sa vie d'émigré.
A ce titre et parce qu'il est un personnage se rendant inaccessible, il est intéressant de faire des croisements sur son écriture et son expérience d'être humain.


L
e livre, en bref :


Iréna, veuv
e et mère à la fois, réfugiée à la fin des années soixante, et de retour à Prague vingt ans après; son ami Gustaf, entrepreneur suédois; Milada, vieille complice d'enfance; Joseph, également de retour en Bohême, dans une tchéquie post-révolutionnaire et post-communiste.
Des émigrés sans patrie, arrimés à leur passé qui s'est malgré tout échappé, des individus ordinaires chargés du poids lourd de leur existence, mutilés et blessés dans leur chair. Les destins se croisent, se manquent, se cognent.
Construit en 53 petits tableaux, L'Ignorance est ponctué de discours philosophiques et de remarques géopolitiques articulés autour du Printemps de Prague, en 1968, et de la Révolution de velours, en 1989, de commentaires homériques et le retour d'Ulysse à Ithaque.




Ce que l'on sait de Kundera :

Milan Kundera est
né en Tchécoslovaquie. En 1975, il s'installe en France.
Voilà sa biographie officielle que l'on trouve dans les éditions
françaises. Biographie qu'il exige lui-même.
Kundera est une personne qui garde les éléments de sa vie privée comme des secrets.

En creusant, on apprend :

Romancier et essayiste, Kundera est né en 1929 en Tchécoslovaquie. Après la publication dans son pays natal de La Plaisanterie (1965), qui lui vaut une notoriété immédiate, et de Risibles amours (1968), il est vistime de la répression soviétique après l'écrasement du Printemps de Prague. Ses livres sont interdis, il est privé de son emploi et n'a plus le droit de publier. Dès 1975, il émigre en France où il vit toujours. Il prendra la nationalité française en 1981.


A
partir de ces élèments et de son écriture, il n'y a qu'un pas pour croiser ses sentiments d'émigré avec ses personnages.


J'interprète ce livre comme sa résilience d'émigré.
Il nous livre sa réflexion sur son vécu d'émigré.
Et puisqu'il s'agit de Kundera, il nous enrichit par des réflexions philosophique.
Il nous conte le contexte politique de la Tchécoslovaquie pendant le Printemps de Prague.
Il nous révèle des vérités profondes qui nous semblent tellement banale à lire.
Lire Kundera est un bonheur pour tous ceux avides de questionnements, d'apprendre...
Il nous livre à travers ses personnages un pan de son vécu et on peut entendre résonner le son de son propre retour et l'étendu de l'ignorance de chacun...

On peut l'entendre résonner...
Mais petit bémol, il faut parfois tendre l'oreille et c'est dommage.
A moins d'avoir vécu soi-même un grand retour ou d'être proche d'une personne dans cette situation. On peut avoir du mal à avoir de l'empathie pour ces personnages et leur histoire.

Autre possibilité, le grand retour, comme il le nomme n'est plus ce qu'il est car le monde, nos sociétés évoluent encore et toujours plus vite.
De quoi, de qui se souvient-on?
Chacun est ignorant de l'autre. Chacun s'ignore soi-même.
Et là, ce livre vous emmènera sur des réflexions plus profondes liées à des thématiques actuelles.
A vous de vous laisser porter? Ou non!

Car reconnaissons le, ce n'est pas le meilleur Kundera mais un très bon ouvrage plein de nostalgie et de mélancolie portée par la très profonde réflexion et la très belle écriture de Kundera...



D
ernière petite note amusante quant à la personnalité de Kundera, L'Ignorance a d'abord été publié en Espagne en 2000. Ce n'est qu'en 2003 qu'il accepta sa publication en français. Certains tendent à penser que ce décalage de publication est du à une possible rancune ou appréhension de Kundera envers la critique française qui avait assez mal reçu sa dernière oeuvre.

On ne cerne pas l'auteur mais lui sait nous toucher et c'est aussi bien ainsi!

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